Et si l’église avait été achevée en images

“Et si l’église avait été achevée…”, quel aspect aurait-elle eu ? Une question qui tarau­dait depuis longtemps les membres de l’association historique François-Xavier Donzelot et une énigme à laquelle ils ont tenté de répondre en reconstituant grâce à des images de synthèse ce à quoi l’église aurait dû ressembler si elle avait été construite suivant les plans d’origine.

L’idée de cette reconstitution a germé pendant les journées du patrimoine et s’est concrétisée un peu plus tard grâce à la rencontre entre le président de l’asso­ciation, Patrice Cauderlier, et la société de production “Indigènes”, spécialisée dans les films à caractère historique, elle a réalisé la série Métronome diffusée sur la 5 avec le comédien Lorànt Deutsch. En août dernier, les fondateurs d’ « Indigènes”, les réalisateurs Fabrice et Stéphanie Hourlier, qui venaient de tourner deux documentaires sur les guerres civiles à Rome, étaient entrés en contact avec Patrice Cauderlier pour la réalisation d’une seconde série consacrée cette fois aux batailles de Marathon et Salamine. Helléniste, ce dernier a colla­boré à la réalisation en tant que dialo­guiste et conseiller. C’est sur ce plateau que s’est précisée l’idée d’une collaboration et de la recons­titution de l’église grâce à des images en 3D. Fabrice Hourlier s’est saisi du projet, avec son assistant Edouard Pican, ils ont effectué des repérages et pas moins de 800 photos qui ont servi à la restitution en 3D. Le résultat est surprenant. Les vingt-sept images présentées prochainement à l’hôtel de ville permettront aux Nocéens de découvrir ce travail de précision et leur église dans sa version définitive si elle avait été achevée. Une version dans laquelle le tombeau de Foulques, bâtis­seur de l’église et prédicateur de la 4ème croisade, retrouve sa place initiale dans l’allée centrale à quelques pas du chœur.

Rencontre avec les membres de l’Association F.X. Donzelot

Question : Avec cette expérience, vous réalisez un rêve. Qu’avez-vous voulu reconstruire ?
Association François-Xavier Donzelot : Tout ce qui manquait, tout ce qui attire l’œil dans la bâtiment actuel : pourquoi ces fenêtres intérieures fermées, cet entrecolonnement à un moment plus étroit, ce mur derrière l’autel ? Et pour­quoi l’absence de clocher jusqu’au XVIème au moins ? De multiples indices nous disent que l’église n’a pas été terminée. A force de réfléchir sur ce qu’il aurait dû y être construit, nous avons compris que tous ces compléments architecturaux avaient une seule fonction : mettre en valeur le tombeau de Foulques.L’église était conçue pour Foulques, pour l’honorer après sa mort et profiter de ses pouvoirs miraculeux. Quatre siècles durant, notre église vit affluer les pèle­rins autour de sa tombe venus le vénérer et lui demander la guérison de leurs maladies. (ndlr : Foulques était à l’origine de la construction de l’hôpital St Antoine) Avec nos vingt-sept images de synthèse, vous comprendrez sa fonction première.

Question : Cette réflexion sur l’église remet donc en lumière son bâtisseur, Foulques de Neuilly, connu surtout pour avoir prêché la 4ème croisade…
AFXD : C’est vrai mais cette croisade n’a pas ressemblé aux autres. Au lieu d’aller guerroyer à Jérusalem, les Croisés ont massacré d’autres chrétiens et saccagé Constantinople, rivale commerciale de Venise. Ainsi, place Saint-Marc, les quatre chevaux placés au-dessus de l’entrée de la basilique proviennent du pillage par les Croisés. Ils ornaient l’hippodrome de Constantinople. Les raisons de ce dévoiement étaient sim­ples. Les caisses des Croisés étaient insuf­fisantes pour payer les navires armés par les Vénitiens. Le Doge exigea, en échange de ces navires, quelques “services” afin d’éliminer les concurrents commerciaux de la Sérénissime.

Question : Et Foulques dans tout cela ?
AFXD : Il fut accusé d’avoir gardé une partie de l’argent qu’il recevait lors de la prédication de la 4ème croisade, pour laquelle le Pape l’avait mandaté, afin de reconstruire la vieille église de Neuilly. Le point de départ de notre réflexion est une phrase de Jacques de Vitry, historien contemporain des faits : “il avait promis une église somptueuse à ses paroissiens sans augmenter leurs impôts. Or lors du classement à l’inventaire des Monuments historiques en 1913, le dos­sier faisait valoir la simplicité de l’église et son inachèvement.” C’est tout le contraire de la promesse de Foulques, mort trois ans après le début de la construction.

Question : Où repose-t-il ?
AFXD : En principe, dans la nef principale de l’église, devant l’autel. Sa tombe exis­tait encore sous Louis XV, elle a été décrite par un académicien comme le seul monument valant d’y être vu. Quelques années plus tard, le curé la fit démolir : elle le gênait pour les offices. Fallait-il se résigner à ne garder qu’un cro­quis ? Quand la paroisse, après les Journées du Patrimoine, nous a proposé de rafraîchir l’inscription à la mémoire de Foulques, nous nous sommes dit “pourquoi ne pas reconstruire le tombeau en images vir­tuelles ?” Et de fil en aiguille, l’idée nous est venue de reconstituer l’édifice entier. Avec cette technique tout est possible.